RICHARD RIANI, artiste engagé de La Réunion

Auteur Stéphanie Pioda, Journaliste / Editrice / Historienne Date

RICHARD RIANI EST PARTI À LA CONQUÊTE DU MONDE ARTISTIQUE IL Y A TRENTE-DEUX ANS
DE SON ÎLE NATALE DE LA RÉUNION OÙ IL TRAVAILLE TOUJOURS. ARTISTE PROLIFIQUE ET ENGAGÉ,
IL SE BAT ÉGALEMENT POUR DÉVELOPPER LA CULTURE DANS CETTE ÎLE. PORTRAIT
.

 

L'histoire de Richard Riani a des allures à la fois de roman noir et de conte de fées. Il est né est né en 1968 dans le bidonville de Tanambo à Saint-Pierre de La Réunion, véritable re­père de violence et de trafic où les policiers n'osaient même pas pénétrer. Une autre loi y régnait, dictée par des caïds dont son père était. Un jour, il est abattu d'une balle dans la tête devant Richard qui a alors dix-sept ans. La suite, dans un film hollywoodien, se serait écrite dans le sang de la vendetta avec à la clé une destinée sombre qui ne l'aurait pas mené très loin, mais c'était Sans compter sur ce livre consacré à Picasso que Richard reçoit alors qu'il est à peine âgé de dix ans. Une révélation pour ce jeune enfant qui aime déjà dessiner. En véritable autodidacte, il apprend, copie, se cherche et finit par imposer son style et cette signa­ture artistique que l'on identifie au premier coup d'oeil, et qu'il rattache lui-même à la Figuration libre et à Errô. Un entrelacs de motifs couvre toute la toile sans aucune place pour le vide et révèle une figure cen­trale. Le tout est dessiné d'un seul trait de pinceau, une prouesse. Ensuite vient la couleur, ce bleu entre ciel et mer omni­présent à La Réunion où il vit et travaille encore aujourd'hui. Car s'il a exposé aux quatre coins de la planète - de New York à Pékin, en passant par Paris, Montréal ou Tokyo - son île et son quartier de Tanambo (qu'il n'a pas quitté) restent ses points d'ancrage. Son atelier est un endroit spec­taculaire, véritable installation artistique avec les accumulations d'objets glanés et transformés en totems, véritable plasti­cien accompli ne se limitant pas à un seul médium. Sur ses toiles, il représente cer­tains sujets propres à la culture populaire de son île comme la danse du jako, sorte de chamane dansant sur les mains dans les rues pour chasser les mauvais esprits, ou la nymphe de l'île Bourbon. Mais plus généralement, Richard représente les my­thologies du monde, grecques, indiennes ou chrétiennes (Artémis, Adonis, Athé­na, Saint-Georges terrassant le dragon...) et des vanités. La connotation guerrière est très présente car Richard a lui-même engagé un combat pour la défense de la culture à La Réunion, avec une implication politique réelle pour multiplier les actions. Comme il l'exprime : « Je suis un homme de foi et de convictions. Outre mes exposi­tions internationales, je souhaite ouvrir mon musée à Tanambo et j'aspire à réussir aussi dans le domaine de la politique. » Si on ne connaissait pas son histoire, on pourrait le prendre pour un idéaliste, mais il illustre par ce parcours combien l'art peut changer la société.

 

À propos de l'auteur de l'article :

Stéphanie Pioda est historienne de l’art et journaliste. 
Après avoir collaboré de nombreuses années au "Journal des Arts" et à "L’ŒIL", elle intervient aujourd’hui régulièrement pour "Beaux Arts magazine" (le mensuel et les hors-séries), "Archéologia", "Les Dossiers de l’Archéologie" ; par ailleurs, elle est rédactrice en chef et membre fondateur de "l’International Art Diary" (IAD). Chargée de mission pour la Fondation archéologique Pierre Mercier, elle est également Professeur à l’IESA.